Intervention de Sylvie Lay

Développement du numérique dans les pratiques (nouveaux programmes), la prise en compte de l’art numérique et les missions des Iantes

 

Les arts plastiques et les technologies numériques

 

Les technologies numériques ne sont pas seulement des technologies de communication, elles véhiculent une nouvelle relation à la matière et à l’immatériel, au relationnel et au social. Elles induisent de nouvelles questions éthiques, génèrent de nouveaux comportements et de nouvelles démarches artistiques.

 

L’enseignement des arts plastiques vise  le développement du  potentiel créatif et sensible de l’élève, une éducation du regard et  une culture artistique nourries des œuvres et démarches du passé  et d’aujourd’hui. Fondé sur l’expérimentation et la pratique, il  apporte les moyens de comprendre les faits artistiques repérables dans les créations de toutes natures.

Il est donc naturel que la formation générale de l’élève  prenne en compte les outils et démarches d’aujourd’hui, soit le numérique. «  L’enseignement des arts plastiques  doit permettre aux élèves d’explorer ce médium, de l’intégrer dans leur pratique et d’adopter un point de vue distancié à son égard » (programmes de collège - 28 aout 2008).

 

Une nouvelle responsabilité

 

En quelques années les usages des outils numériques et d’Internet se sont considérablement massifiés dans la société et donc chez les élèves comme chez les enseignants et les artistes. Les équipements dans les établissements se sont, eux aussi,  significativement  étendus. L’existence du B2i et du C2i donne une nouvelle responsabilité mais aussi de nouvelles perspectives aux professeurs d’arts plastiques : « L’utilisation des nouvelles technologies dans le processus créateur (création numérique) et dans la découverte du champ artistique (images d’œuvres, d’événements culturels, de musées,…) est importante dans un enseignement actualisé des arts plastiques. Le recours à ces nouveaux outils participe en cela à la maîtrise des techniques usuelles de l’information et de la communication. ». (Programmes de collège - 28 aout 2008).

Les technologies numériques sont un outil et un médium à explorer, à utiliser, à objectiver dans la  pratique de l’élève à l’instar du dessin, de la sculpture ou du collage par exemple. La pratique, en arts plastiques, est diversifiée et artistique, comme les compétences visées. Les apprentissages relatifs aux outils numériques servent la construction des compétences artistiques, comme le font les autres apprentissages déclinés dans les programmes du collège et du lycée. L’expérimentation des outils et des démarches relevant du numérique et de l’art numérique participe d’un projet de formation global. Le numérique complète les techniques traditionnelles, sans s’y substituer,  renouvelle les questions artistiques.

 

 

Les nouveaux programmes de collège

 

Le lycée a déjà dans ses programmes et ses questions limitatives intégré le numérique comme passage obligé.

 

Clairement le numérique fait parti des pratiques obligatoires à tous les niveaux du collège, ce qui constitue une vraie nouveauté. Tous les professeurs, quel que soit leur cursus, leur âge vont devoir à la rentrée 2009 mettre en œuvre de programmes qui déclinent pour chaque niveau, des apprentissages et des compétences relevant du numérique.

 

 

 Ces programmes formulent une progression dans l’acquisition d’une compétence numérique de l’élève. Celui-ci commence par découvrir et s’approprier des outils et des  logiciels simples dans la fabrication d’objets et d’images, lors de recherches documentaires et d’enregistrement de données pour progressivement parvenir  à « mettre en œuvre des matériels et différents logiciels à des fins de création, d’exposition, de présentation, d’exploiter Internet de manière critique, de diffuser et publier des données » (programme de troisième -28 aout 2008)

 

Le professeur, en fonction de la classe, du projet pédagogique, de l’équipement disponible, choisit (comme pour les autres techniques et technologies) quels outils, logiciels et situations de recherche et de production, il propose aux élèves. (Rien ne lui impose de faire de l’animation 3D  ou de conduire ses élèves à maîtriser des logiciels complexes et chronophages).

 

Ce qui importe, c’est dans un projet à la fois exigeant et réaliste, d’inclure le numérique dans la formation de l’élève. Il s’agit, avec les autres disciplines, de l’aider à maîtriser les outils, les logiciels, les données et les démarches des technologies de la communication, mais aussi,  de lui donner des clefs et des repères pour comprendre et produire des images de notre époque. Au sortir   de l’enseignement obligatoire, l’élève devrait pouvoir recevoir le flux d’images numériques dans lequel il vit avec une distance critique qui lui permet d’apprécier les authentiques créations visuelles et démarches artistiques. Il devrait également  lui permettre de fabriquer des images et de créer avec les outils numériques les plus usuels.  Cet itinéraire initié au collège se poursuit au lycée en se densifiant et se complexifiant vers une compétence artistique plus autonome et plus singulière.

 

 

Responsabilités des Interlocuteurs

 

Cet accompagnement des collègues doit constitue une priorité des missions des interlocuteurs dans leurs missions (sur la veille technologique). Il s’agit d’aider, de guider l’ensemble des professeurs d’arts plastiques à se saisir du numérique dans leurs pratiques d’enseignement. Une pratique comme outil pédagogique, outil documentaire mais aussi comme outil de fabrication des images et vecteur de création. Nous devons faire en sorte d’éviter les dérives technicistes et les séquences entières  consacrées à l’acquisition de logiciels pour privilégier des pratiques simples, basiques qui contribuent à développer les questionnements et les compétences artistiques. Le développement des  pratiques de la photographie numériques et des  grandes questions relatives à l’image qui peuvent lui être attachées sont un exemple des directions que peut prendre notre action. Si nous nous plaçons en cinquième, ce qui importe c’est à travers la pratique et les diverses situations de prise de vue, de choix et de  transformation des images produites de poser les questions du rapport au référent,  du fictionnel, de la construction d’une narration et de construire le point de vue du regardeur et celui de l’auteur. Les différents outils numériques  (appareils et logiciels simples) ne venant que nourrir et  se mettre au service de cet objectif. Ils ne sont pas, comme c’est souvent compris par les néophytes l’objectif lui –même.

 

Tous ceci, nous impose d’unir nos forces et de penser outre à l’académie à une mutualisation nationale.

 

Quelles formes peuvent  prendre cet accompagnement ?

 

Au-delà des légitimes actions de formation, il s’agit de s’interroger sur ce qui peut aider à ce développement, quels outils ? Nous devons aller vers tout ce qui peut favoriser un usage et une pratique d’enseignement réflexive. Il est normal que l’on attende des cours clefs en main et des modes d’emploi. Il nous faut résister à ce travers et alimenter nous même la réflexion en proposant des cours, des logiciels  et des sites de références qui soient expliqués dans les choix opérés, qui éclairent sur les apprentissages et les compétences construites, qui argumentent discutent les grandes questions artistiques posées, qui proposent des variantes, en expliquant ce que déplace cette variante.  

 

L’art numérique,

 

Une mission que nous devons également développer est la prise en compte dans les pratiques d’enseignement de l’art numérique. Non pour en faire la promotion, il s’agit d’un art qui n’est pas encore validé par le temps (vos récents débats sur la liste de diffusion en portent témoignage), mais parce qu’il est la spécificité de la relation au numérique et à la culture artistique en arts plastiques.

L’élève doit être à même de distinguer les images numériques de consommation culturelle (et il en est abreuvé !) des images à dimension artistiques nous rappelle le socle commun. Pour ce faire, le passage par les œuvres d’art numérique est indispensable.

 

Il revient aux Interlocuteurs TIC arts plastiques d’aider les professeurs en choisissant des œuvres significatives. Il leur  revient de les expliquer, de faire des liens construits avec les programmes. Il s’agit de faire vivre dans nos propositions l’articulation de la pratique avec la culture artistique, comme nous le préconisons. Il ne suffit pas de juxtaposer la pratique et les œuvres d’art numérique, comme les autres, bien entendu. Nous aiderons beaucoup les professeurs en construisant pour quelques œuvres ce rapport entre l’œuvre, les questions à construire et les programmes, en donnant des pistes.

 

Conclusion : Nous avons beaucoup de travail et une grande responsabilité, c’est pourquoi je voulais au travers de ces deux journées vous inviter à ce que nous unissions nos forces. Un atelier travaillera sur la mutualisation de  nos réflexions et productions car, il est indispensable, dans ce contexte de développement, que nous travaillons ensemble au-delà ces ces deux journées. Nous essayerons d’en trouver le chemin.