Propos d'ouverture du séminaire, Jean-Louis Durpaire, inspecteur général de l'éducation nationale, Établissements et vie scolaire

Je souhaite d’abord vous remercier d’avoir répondu à cette invitation annuelle de la SD TICE du Ministère, me réjouir de constater que toutes les académies sont représentées, y compris les plus lointaines, saluer tout particulièrement les nouveaux interlocuteurs et repréciser les attentes qui sont les nôtres à l’inspection générale en charge de la documentation.
Vous êtes des collaborateurs de proximité des
IA-IPR-EVS, notamment celui (ou ceux) qui est (sont) plus particulièrement chargé(s) de la documentation dans votre académie, ainsi bien sûr que du conseiller du recteur pour les TICE. Votre mission doit contribuer à la modernisation de l’action documentaire dans les établissements. Nous aborderons durant ce séminaire des questions essentielles, tout particulièrement celle de la veille informationnelle et aussi celle des politiques d’acquisition numérique dont je dirai quelques mots dès cette intervention liminaire. Je vous renverrai également sur ce second point à un article que je viens d’écrire pour la revue de l’AFAE (à paraître).
Votre action doit être d’autant plus vigoureuse et résolue auprès des IPR EVS qu’elle se situe dans le contexte d’un retard important et persistant du développement des TICE en France. Le rapport de la Mission d’audit de modernisation sur la  «Contribution des nouvelles technologies à la modernisation du système éducatif»  fait apparaître un pilotage national des Tice insuffisant ainsi que la difficulté à évaluer l’usage des Tice. Ce rapport conjoint IGEN -I.G.A.E.N.R. - I.G.F.- C.G.T.I., publié en mars 2007 est en ligne sur le site education.gouv.fr, à l’adresse suivante :
http://www.education.gouv.fr/cid5019/contribution-des-nouvelles-technologies-a-l-evolution-du-systeme-educatif.htm

Ressources numériques

On constate que le marché des contenus n’atteint pas le seuil de visibilité suffisant et l’on peut s’interroger pour savoir s’il existe un marché pour les ressources numériques. Si l’on considère le budget global consacré aux acquisitions en CDI , évalué à  43 millions d’€ (sur la base en collège une dépense moyenne de 5€ / élève et en lycée de 8 à 10 €/élève) et que l’on compare ce budget à celui consacré aux acquisitions en SCD, service commun de documentation en bibliothèque universitaire  - 70 millions d’€ -, on peut en conclure qu’il existe bien un marché en documentation  pour les éditeurs de ressources numériques.
De notre point de vue, un progrès essentiel sera réalisé dans le développement des usages des TICE dans les établissements scolaires, dès lors que l’on se posera la question de l’achat de ressources numériques.
Les débats sont beaucoup plus avancés  dans l’enseignement supérieur : vous pourrez utilement prendre appui sur les réflexions des  directeurs de BU dont un de leurs derniers séminaires a traité de ce sujet.

Système d’information documentaire

Un autre sujet de préoccupation est le faible développement des  systèmes d’information documentaire dans les établissements. Dans de nombreux établissements, l’informatisation de la gestion est partielle. La circulation de l’information n’est pas pensée comme elle devrait l’être et il est alors paradoxal de chercher à développer une culture de l’information dans un contexte trop peu développé à l’interne de l’établissement. J’observe aussi que les documentalistes ne sont pas toujours impliqués dans le développement des  ENT, ceux-ci étant plutôt orientés vers des problématiques de vie scolaire au sens strict. Par ailleurs les portails documentaires sont peu mis en place.

Education à l’information

En ce qui concerne l’éducation à l’information, la profession des documentalistes est tiraillée entre la définition de savoirs scolaires, la formation méthodologique intégrée à toutes les disciplines, la participation au développement du travail autonome.
L’ensemble des points de vue qui s’expriment constitue un spectre large et offre une richesse de perspectives. Mais la réflexion ne nous paraît pas avoir encore atteint nombre d’enseignants-documentalistes qui poursuivent des formations que je qualifie de trop technicistes. Lorsque l’on forme à un outil, il faudrait toujours s’interroger à l’intérêt de cet outil pour l’élève. En outre, il faut certainement privilégier les outils assez intuitifs, communs et mettre en œuvre des outils spécifiques pour affiner les recherches lorsque l’outil banal a échoué.
Il est nécessaire de se demander si l’on se pose toutes les questions essentielles,  notamment celles concernant l’usage des documents. On constate en effet, qu’il y a peu de réflexion dans ce domaine dans les établissements. Il est intéressant de lire à ce sujet une étude, publiée dans la revue Arabesques, concernant l’usage des revues et des documents scientifiques. Arabesque, revue de l’association bibliographique de l’enseignement supérieur (ABES) http://www.abes.fr/abes/documents/abes/arabesques/ara18.pdf

Protocole d’inspection

Je voudrais aussi évoquer devant vous le protocole d’inspection que nous avons proposé aux IA IPR l’an passé sans avoir encore fait avec eux un premier bilan de sa mise en œuvre puisque notre réunion de travail annuelle avec eux a été ajournée. Mis en ligne très vite sur le site des documentalistes de l’académie de Nantes, il s’est rapidement répandu et aujourd’hui il figure en bonne place sur de nombreux sites professionnels.
http://www.pedagogie.ac-nantes.fr/html/peda/doc/informations/inspection/Protocole_inspection.pdf

L’accueil du protocole par la profession a été favorable : il constitue aussi un cadre pour la formation des futurs professeurs-documentalistes en pensant également cahier des charges de la formation des maîtres en IUFM. Je sais que  ce cahier des charges comporte trois points inadaptés à la profession de documentaliste : « Organiser le travail de la classe / Évaluer les élèves / Concevoir et mettre en oeuvre son enseignement ».  Nous l’avons signalé au ministère et la récente note de service (08-011 du 21 janvier 2008) permet de porter l’appréciation « Non concerné » pour certaines des dix compétences.
En revanche, il manque des compétences spécifiques au métier de documentaliste, comme par exemple la conception d’une politique documentaire, gérer et faire fonctionner un système d’information documentaire, que l’on peut considérer comme relevant  de la compétence 3 «  Maîtriser les disciplines et avoir une bonne culture générale ».
Cf. BO, n° 1, du 4/01/2007 : Cahier des charges de la formation des maîtres en institut universitaire de formation des maîtres.
 http://www.education.gouv.fr/bo/2007/1/MENS0603181A.htm

Mission « E-educ »

Enfin, je voudrais vous signaler, à la suite du message que vous a adressé Marie-Noëlle Cormenier, que le Ministre vient de prendre une nouvelle initiative pour développement des technologies de l'information et de la communication pour l'Enseignement (TICE) en confiant une mission d’étude à monsieur Jean Mounet, président de Syntec informatique.
http://www.education.gouv.fr/cid20835/installation-de-la-mission-e-educ-par-xavier-darcos.html
Cette étude part du constat de la  faible évolution  de l’usage des  Tice.
Il est particulièrement important pour les IANTE de participer au forum qui a été mis en place conjointement à cette mission et d’inviter les documentalistes de leur académie à y contribuer. Le forum sera ouvert du 23 janvier au 29 février 2008, voir adresse :
http://www.forum.gouv.fr/article.php3?id_article=291&entrer_forum=1&voir_reponses=1

Je ne saurais lancer ces deux journées de travail sans saluer le travail de Marie-Noëlle Cormenier, non seulement pour la préparation minutieuse du séminaire, mais pour son action tout au long de l’année dont nous bénéficions tous.