Conférence de Vincent Liquète

Conférence de Vincent Liquète, (maître de conférence, HDR en SIC Université de Bordeaux) : « Quelles nouvelles formes de médiation documentaire/informationnelle peut-on envisager dans les EPLE ? »

 «Quelles nouvelles formes de médiation documentaire/informationnelle peut-on envisager dans les EPLE ?»

La question de la médiation n’est pas récente et suscite de nombreux débats. S’agit-il d’un concept-clé ou d’un mot-valise? Si l’on se penche sur l’historique de la notion de médiation (concept présent dans la réflexion sur les learning-centres), on s’aperçoit que ce terme à tiroirs, souvent critiqué, relève de conceptions différentes (muséales/documentaires) et qu’il implique des intentions d’action variées. Faut-il alors parler de médiation ou de médiations ? En ce qui concerne la question de la médiation a toujours été posée à la documentation au singulier.

Ce postulat posé, Vincent Liquète distingue 4 types de médiations : une médiation de conflit, une bibliothèque étant souvent appelée à gérer des contextes conflictuels ; une médiation d’explicitation : il s’agit de repérer les dysfonctionnements dans les communautés usagères, d’analyser le service de mise à disposition des ressources afin de rapprocher les usagers des organismes, d’intégrer les comportements pour les traduire dans les modes d’organisation ; une médiation muséale, action directe ou indirecte qui s’opère en direction du public, en fonction des œuvres ; il s’agit là de développer une écologie de la ressource, en s’appuyant sur une combinatoire qui mettra en œuvre supports et nouvelles technologies. Et enfin une médiation technique, action réfléchie et au service de la performance, qui fait cependant courir aux professeurs documentalistes le risque de l’effacement professionnel.

Pour Vincent Liquète, la médiation est un concept nomade, sur lequel les professionnels s’interrogent lorsque l’approche didactique montre des limites. Il est parfois amené à subir des détournements et concerne des modes d’activité professionnelle variés. Dans le cadre de la documentation scolaire, il faut savoir tenir compte de la complexité des axes impliqués.
Les modèles transmissifs des savoirs connaissent un essoufflement et y ajouter une couche technique ne transforme pas fondamentalement ces modèles : on se rassure avec le stockage des ressources sans penser à l’accompagnement et à la formation à l’utilisation de ces ressources.

En documentation, on peut distinguer 5 dimensions de médiation : La « liance » et  l’interpersonnel, la captation et l’analyse des contextes, le volet technique et numérique, activités et espaces physiques, la chaîne de la médiation : des médiations en amont aux médiations en aval. Concrètement, non seulement nous ne maîtrisons pas l’information, mais c’est l’usager qui va déterminer le moment où il a besoin de la ressource. Dans cet espace physique qu’il est nécessaire d’aménager, la chaine de la médiation se déroule selon une logique de négociation avec les usagers (professeurs, élèves, administration).

Des médiations documentaires humaines, sont donc à envisager, selon des modes directifs et hiérarchiques (scénarios d’activités imposés par l’adulte pour rapprocher l’élève de la ressource), des modes incitatifs et symétriques (scénarios ajustés), des modes appropriatifs prenant en compte l’habileté numérique supposée de l’élève (la ressource doit être analysée et, comme objet de la vie sociale, elle peut être un point de questionnement pédagogique de l’élève). Il s’agit aussi d’éduquer à la communication et d’avoir une approche anthropo-centrée du sujet en étudiant les modes de représentation des élèves et ceux des professeurs documentalistes. Ces 2 logiques ne se rencontrent pas…

Quelques principes sont donc à prendre en considération : dans la confrontation enseignants documentalistes / systèmes d’information documentaire, le professionnel est de moins en moins visible. Le système d’information est idéalisé, et on s’investit dans la gestion du SID.
Faut-il alors procéder à un repositionnement de l’identité professionnelle, l’effacement du professionnel étant compensé par une offre de services, ou faut-il remettre en scène les professeurs documentalistes pour travailler sur le SID ? Comment d’autre part gérer les subjectivités ?  Enfin, professeurs et élèves sont producteurs de  ressources, mais quelles sont-elles ?

Pour une médiation humaine efficace, il faudrait pouvoir disposer de plus de ressources au moment favorable, de ressources e-learning, pouvoir inventer de nouvelles formes d’information. Deux pistes pourraient être envisagées : créer un bureau de connaissance dans l’établissement où les experts se tiendraient à disposition pour répondre aux demandes, et instaurer un tutorat qui s’attacherait à prendre en compte l’aspect cognitif de la recherche d’information.
En ce qui concerne les médiations documentaires techniques à mettre en œuvre (essentiellement au nombre de 4), un portail unique de ressources pourrait donner de la visibilité à l’ensemble des ressources dont dispose l’établissement. On est passé du paradigme de l’offre d’information (1980-1990) au paradigme de l’usage (tout est usage) puis au paradigme de la co-construction des savoirs. Dans ce sens, il est important de réfléchir à la fonction d’aide : aide à l’orientation pour apprendre à se situer dans les gisements d’information, aide méthodologique centrée sur le travail personnel et l’autonomie, aide didactique et une aide structurelle afin de pouvoir disposer de toutes les ressources d’une zone géographique. Cela implique de parler la même langue pour se comprendre… On ne peut rajouter une énième discipline. Dégager du temps sur une semaine pourrait permettre une rencontre entre les différents modes d’appropriation.
De plus en plus l’école aura pour mission d’intégrer des pratiques non formelles mises en service hors l’école.
Quant au courant managérial de l’information qui fait du CDI le centre, le cœur, le carrefour (identiquement avec l’acception « learning centre » de cet espace : logique centripète), il conviendrait sans doute d’en revoir la localisation : installation à plusieurs endroits de l’établissement, redistribution de l’espace…

Vincent Liquète recommande de lire sur le sujet de la médiation :
CALENGE, B. (2012). La médiation : concept-clé ou mot-valise? 3 janvier, carnet de note en ligne. http://bccn.wordpress.com/2012/01/03/la-mediation-concept-cle-ou-mot-valise/
CAUNE, J. (2006). Culture et communication : convergences théoriques et lieux de médiation. Presses universitaires de Grenoble.
CHAPIGNAC, P. (2003).Quelle place pour l’intermédiation dans l’économie de l’information? Edition ADBS.
CHOURROT, O. (2007). Le bibliothécaire est-il un médiateur? BBF, n°6.
COUZINET, V. (dir.) (2009), Dispositifs info-communicationnels : questions de médiations documentaires. Hermès science, Lavoisier. 300 p. (Systèmes d’information et organisations documentaires).
JEANNERET, Y. (2009). La relation entre médiation et usage dans les recherches en information-communication en France. Electronic journal of communication information and innovation in health. Vol. 3, n°3, septembre, 9 p.
La médiation au service de la confluence du musée et de la bibliothèque / B.B.F. 2011 – t. 56, n° 4. http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2011-04-0011-002
Ainsi que les travaux du GRESEC (Groupe de recherche sur les enjeux de la communication) Université Stendhal – Grenoble 3 : http://gresec.u-grenoble3.fr/