ATTENTION : ces archives ne sont plus tenues à jour, des liens peuvent être brisés.

Les Lettres d'information d'éduscol

 

L'interview de... Brigitte Doriath

Brigitte Doriath


Brigitte Doriath, inspectrice générale,  vient d’être nommée sous-directrice des lycées et de la formation professionnelle tout au long de la vie au ministère de l'Éducation nationale.

Dans votre champ de compétences, quelles sont les priorités de la rentrée 2013 ?

Nos priorités s’organisent autour de deux axes : la refondation de l’école et le pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi. En ce qui concerne la refondation, ma sous-direction est partie prenante du bilan des réformes des lycées, conduit en partenariat avec l’Inspection générale et la direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP). Il s’inscrit dans la logique, initiée par le ministre de l’éducation nationale, de transformation progressive et cohérente du système en commençant par l'école, puis le collège et enfin le lycée. Réaliser un bilan cette année ne signifie pas une réforme immédiate du lycée. Nous ne sommes cependant pas immobiles et veillons tout à la fois à la continuité de la politique éducative et aux ajustements nécessaires. Je citerai trois exemples. Pour l’accompagnement personnalisé, il est fondamental de poursuivre l’effort d’innovation afin de maintenir la dynamique amorcée. Nous avons par ailleurs commencé à réfléchir sur le contrôle en cours de formation (CCF) et les périodes de formation en milieu professionnel (PFMP) avec les organisations syndicales. Enfin, nos actions visent à augmenter le taux de réussite des bacheliers professionnels (scolaires et apprentis) dans leur poursuite d’études, à favoriser la fluidité de passerelles, à ajuster les définitions d'épreuves du baccalauréat. Pour maintenir cette dynamique nous nous appuyons également sur la mise en œuvre de projets européens  : TREMPLIN, qui accompagne les lycéens professionnels dans leur insertion, QUALEP, dont le but est de développer la démarche d’auto-évaluation de nos lycées professionnels.

Venons-en au deuxième axe…

Notre action s’inscrit aussi dans la politique de redressement productif, en particulier dans le sixième volet du Pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi : offrir aux jeunes et aux salariés des formations tournées vers l’emploi et l’avenir. Le travail des CPC y trouve toute sa place en prenant en compte les évolutions technologiques, notamment autour de chantiers tels que le « verdissement » des diplômes, le numérique… La création du CNEE et la mise en place des « Campus des métiers et des qualifications » participent également de ces orientations. Inscrits dans l’annexe de la loi pour la refondation de l’école, les campus des métiers et des qualifications s’appuient sur un partenariat entre les académies et les régions afin de compléter ou de structurer l’offre de formation en cohérence avec l’économie locale. Ils prennent également appui sur des pôles de compétitivité et associent des EPLE de tous types (lycées professionnels dont les lycées des métiers, LEGT), des CFA, l’enseignement supérieur, la recherche, les entreprises. Le dispositif se met en place sur la base d’appels à projets lancés par le ministère. Un premier appel à projets a permis de retenir une douzaine de projets. L’objectif est de créer une organisation nouvelle, bien distincte du lycée des métiers, et d’encourager l’innovation. La labellisation de ces projets, pour une durée de quatre ans, s’effectuera par vagues successives. La DGESCO assurera un suivi de ces campus après deux ans de fonctionnement. Je pense qu’ils peuvent préfigurer un nouveau modèle d’organisation pédagogique associant de façon plus étroite la formation professionnelle, technologique et générale, dans le cadre de pôles bien identifiés.

Je souhaite souligner le travail de la Mission «Partenariat» de la sous-direction pour construire des accords cadre et des conventions avec les milieux professionnels. Ces accords structurent et consolident le partenariat entre l’école et l’entreprise. De très beaux projets existent, notamment dans l’accompagnement des personnes les moins qualifiées. La Mission coordonne également une réflexion sur la culture de l’entrepreneuriat, dans l’esprit du projet de Philippe Hayat, « Entrepreneurs demain ! ». Nous avons la volonté de contribuer au développement de l’esprit d’entreprendre : création d’entreprise mais aussi esprit d’initiative, prise de risque.

Vous avez en charge les trois voies de formation au lycée. Comment percevez-vous leur coexistence au sein d’une même sous-direction ?

C’est une véritable richesse ! Si des sujets sont spécifiques à la rénovation de la voie pro ou à la réforme des lycées, d’autres concernent les trois voies de formation. Je pense notamment au travail transversal mené sur les parcours, à l’espace « bac-3/bac+3 », ou à la problématique de l’accompagnement personnalisé. C’est par le travail en commun des différents bureaux que nous avançons sur de tels dossiers.

Vous avez été co-auteur d’un premier bilan sur la rénovation de la voie pro. Où en est-on aujourd’hui ?

Les rapports auxquels j’avais participé avec Jean-François Cuisinier portaient sur le suivi de mise en œuvre de la rénovation. Aujourd’hui, à la demande du ministre, nous entamons le bilan des réformes. Nous allons relier, autant que possible, les premiers résultats aux modalités de mise en œuvre et aux moyens, au sens le plus général du terme, déployés. Ce bilan sera conduit avec les inspections générales et la DEPP et s’appuiera sur toutes les études disponibles.

Comment envisagez-vous l’articulation entre la réflexion prospective que mènera le Conseil national Éducation Économie (CNEE) et le travail des CPC ?

La création du CNEE constitue une véritable opportunité pour les CPC, en particulier par les études prospectives qu’il pourra conduire, sur des thèmes tels que les métiers en tension ou les métiers d’avenir. A partir de ses analyses, il pourra aussi proposer des orientations de travail aux CPC et formuler des propositions en faveur de l’insertion et du maintien en emploi des jeunes. Je pense, par exemple, à des compétences professionnelles transversales. Une articulation entre les CPC et le conseil supérieur des programmes serait également à construire.


Focus

Rentrée 2013 : deux nouvelles lois pour l'éducation

 

Loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’École de la République

La loi d'orientation et de programmation pour la refondation de l'Ecole (9 juillet) crée 4200 postes d’enseignants dans les collèges et les lycées, 130 postes de CPE, 100 postes de personnels administratifs et 50 d’assistants sociaux.10000 personnes recrutées sur contrats aidés dans les établissements les plus en difficulté, notamment pour contribuer à l’amélioration du climat scolaire.

Un nouveau service public de l‘orientation organisé avec les régions se met en place dans six régions pilotes volontaires : Aquitaine, Rhône-Alpes, Bretagne, Centre, Limousin et Pays de la Loire. Sept académies sont concernées : Bordeaux, Grenoble, Lyon, Limoges, Orléans-tours, Nantes et Rennes. Il s’agit de tester une nouvelle organisation régionale et un nouveau pilotage et de favoriser le rôle de coordinateur des régions qui sont au plus près de l’offre de formation et des opportunités d’emplois. Une charte nationale définira valeurs et objectifs du service public d’orientation à l’égard des usagers. Tous les services et acteurs régionaux de l’orientation seront mis en réseau.

Le label « Campus des métiers et des qualifications » (voir ci-dessus l'interview de Brigitte Doriath) est lancé, les premiers campus sont labellisés.

Le travail de modernisation de l’offre de diplômes professionnels sera poursuivi afin de prendre en compte les problématiques du développement durable et les évolutions technologiques. Il s’agit d’apporter des réponses aux besoins sociaux et économiques, de favoriser la compétitivité des entreprises et l’insertion professionnelle des jeunes.

Loi relative à l’enseignement supérieur et à la recherche 

La loi du 23 juillet 2013 définit quatre objectifs majeurs:

- La réussite pour tous les étudiants afin d'atteindre 50% d’une classe d’âge diplômée de l’enseignement supérieur,

- Un nouvel élan et une meilleure visibilité pour la recherche,

- Le renforcement de la coopération entre tous les acteurs, la simplification de la complexité institutionnelle,

- L’intensification de la présence de la recherche française dans les programmes européens et le rayonnement international des universités, écoles et laboratoires.

La loi améliore les processus d’orientation, notamment par la spécialisation progressive des études en premier cycle, pour favoriser la constitution d’un projet personnel à chaque étudiant. Le continuum de formation « bac-3/bac+3 », du lycée à l’université, sera renforcé, la priorité sera donnée aux bacheliers professionnels dans les sections de techniciens supérieurs (STS) et aux bacheliers technologiques dans les IUT. Des rapprochements et des échanges entre les classes préparatoires aux grandes écoles, les STS et les premiers cycles universitaires seront favorisés. L'enseignement numérique sera généralisé et le nombre d’étudiants en alternance doublera au bénéfice de l’innovation pédagogique et de l’insertion professionnelle. L’offre de formations des universités sera plus lisible et mieux pilotée, grâce à la mise en place de l’accréditation des établissements et à la révision de la nomenclature des diplômes.

Les nouvelles Écoles Supérieures du Professorat et de l’Éducation (ESPE) sont intégrées au sein des universités. La gouvernance des universités se démocratise et se clarifie : le conseil académique gère au quotidien les questions de recherche et de formation et le conseil d’administration se recentre sur son rôle stratégique. L’Agence d'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur (AERES) est remplacée par un Haut conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur, autorité administrative indépendante.

L'accueil des étudiants et chercheurs étrangers est facilité et fortement amélioré. L’évolution de la précarité sera contrôlée, grâce à un bilan annuel spécifique.

La loi concerne enfin les partenaires des universités et vise à garantir la collégialité et l’efficacité dans la gouvernance. Elle renforce la coopération entre tous les acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche d’un territoire, en les regroupant pour coordonner la stratégie de formation et de recherche. L’État passera des contrats pluriannuels avec les établissements de regroupement. Ces contrats de site seront coordonnés avec les Schémas Régionaux de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. Le transfert des résultats de la recherche vers le monde socio-économique sera facilité et développé.

Filières professionnelles rénovées entrées en application à la rentrée 2013

Les diplômes des filières hygiène-environnement/gestion des déchets ont fait l'objet d'une rénovation en profondeur intégrant de forts enjeux environnementaux. Il s'agit des deux bacs pros hygiène, propreté, stérilisation et gestion des pollutions et protection de l’environnement ainsi que du BTS Métiers des services à l’environnement

Les diplômes de la filière Bâtiment et Travaux publics ont également fait l’objet d’un "verdissement" : des éléments permettant de valider les compétences relatives au respect de la performance thermique, énergétique et acoustique du bâti ont été intégrés dans l'ensemble des certifications de cette filière (Voir La Lettre des CPC n°5, décembre 2012).

Programme de travail des CPC pour l'année 2013-2014

Le programme de travail des CPC prévoit une adaptation des filières qui se poursuivra au cours de l’année scolaire 2013-2014.

Pour une mise en œuvre à la rentrée 2014

- Au titre du développement durable et des évolutions technologiques, la filière maintenance automobile (CAP et bac pro) .

-  En réponse aux enjeux liés à l’innovation électronique et à la diffusion du haut débit : création d’un BTS Systèmes numériques (remplaçant les deux BTS Systèmes électroniques et Informatique et réseaux pour l’industrie et les services techniques) afin de faciliter l’accès aux services des usagers, d'optimiser les consommations énergétiques et favoriser le développement de nouveaux marchés et services dans trois domaines clés : santé, sécurité et environnement.

- En réponse aux problématiques de maintenance et de démantèlement du parc nucléaire, la rénovation du bac pro Environnement nucléaire (après la création du BTS Environnement nucléaire).

- En réponse aux enjeux de gestion de l'énergie, le BTS Fluides énergies environnements devient le BTS Gestion énergétique du bâtiment. Il intègre la domotique et les systèmes numériques intégrés de gestion des énergies, des fluides et de l’information du bâtiment. Le BTS maintenance industrielle doit faire face aux besoins nouveaux dans le secteur éolien onshore et offshore.

Pour une mise en œuvre lors de rentrées ultérieures

- Rénovation des bacs pros Electrotechnique, énergie et équipements communicants et Systèmes électroniques numériques. Il s’agit d’intégrer des rapprochements technologiques entre les univers des « courants forts et des courants faibles » et de renforcer le dimension « réseaux-systèmes d’information ». Ces travaux visent à renforcer la prise en compte de la révolution numérique et des supports techniques associés tels que la fibre optique.

-  Rénovation des bacs pros commerce et vente fortement impactés par les nouveaux enjeux de la vente et du commerce : conséquences sur les compétences attendues du développement du commerce numérique, de l’usage de nouveaux outils (smartphones, réseaux sociaux, 3D), place croissante des emplois liés au commerce interentreprises et à la vente directe, nouveaux modes de consommation.

Actualité

Diplômes et conventions collectives

Une étude intitulée "Quelle reconnaissance conventionnelle des diplômes dans les relations formation emploi ?" analyse la place, le statut et le rôle des diplômes dans les conventions collectives récemment négociées.

Par Pascal Caillaud, chargé de recherche CNRS à l’Université de Nantes, Nathalie Quintero et Fred Sechaud, chercheurs au Céreq. A paraître dans CPC-Etudes, 2013-2.

L'évaluation dans les diplômes professionnels

Une étude intitulée "Les modes d’évaluation dans les diplômes professionnels", examine sur trois années les processus d’évaluation, sous leurs différentes formes, dans plusieurs diplômes professionnels. Est en particulier analysée l’activité des membres de jury lors des épreuves ponctuelles ou en contrôle en cours de formation.

Par Josiane Paddeu et Patrick Veneau, chercheurs au Céreq. A paraître dans CPC-Etudes, 2013-3.

Au fil de l'O

Le ministère lance deux études

Coiffure

 «Le secteur de la coiffure : évolution des métiers et des emplois, état des lieux et perspectives, conséquences sur l’offre de diplômes ». Cette étude, qui sera conduite sur le dernier trimestre 2013 et le premier trimestre 2014, a fait l’objet d’un appel d’offres. La désignation du lauréat est en cours.

Compétences clés

"Compétences clés : définition, usages et formalisation". Cette étude fera le point sur la définition et les usages de ces compétences clés dont l’utilisation reste parfois bien complexe. Après un appel d’offres, le cabinet Sémaphores a été retenu et conduit actuellement une analyse documentaire. Une phase de recherche de terrain est programmée au printemps 2014 pour une finalisation en juin. 

 

Les métiers bougent

Le Conseil national de l’Industrie réunit les industriels et les organisations syndicales autour de L’État. Véritable parlement de l’Industrie, le CNI structure ses travaux par filières au sein de comités stratégiques, chargés d’élaborer des contrats de filière prévoyant des engagements réciproques entre les industriels et l’État.  À titre d’exemple, le 4 juillet dernier un contrat de filière intervenait pour le secteur du numérique et le 8 juillet était signé celui des industries de santé. Autre exemple : l’installation du comité stratégique de filière de la "Silver economy". Son  objectif est de favoriser l’émergence de solutions industrielles innovantes au service de l’autonomie des personnes âgées. La "Silver economy"   regroupe ainsi toutes les entreprises agissant pour et/ou avec les personnes âgées. Création de services personnalisés, de technologies pour l’autonomie, ces biens et services seront bientôt indispensables  et appelées à se développer fortement dans les prochaines années.

 

Textes réglementaires

Brevets des métiers d'art

Un arrêté met en conformité les treize brevets des métiers d’art avec la nouvelle règlementation constituée par le décret du 26 août 2011 et l’arrêté du 17 juillet 2012. L’épreuve professionnelle (E1) prend désormais en compte l’évaluation de la période de formation en milieu professionnel et l’économie gestion. Les autres épreuves, E2 (projet de réalisation), E3 (cultures artistiques) et E4 (arts appliqués) ont été rédigées pour harmoniser les définitions, les coefficients et les durées. Par ailleurs, les programmes et les définitions des épreuves d’enseignement général (E5, E6, E7 et E8) ont fait l’objet d’arrêtés du 3 avril 2013. La mise en vigueur de ces dispositions est prévue pour la session d’examen 2015.

Arrêté du 24 juillet 2013 modifiant les règlements d’examen, les définitions d’épreuves et la période de formation en milieu professionnels des brevets d e métiers d’art (JO du 30 août 2013)

 

Lire, voir, écouter...

Notre collègue Jocelyne Lanave, adjointe au DAET du rectorat de la Réunion, a soutenu avec succès son mémoire de master intitulé «Mise en œuvre de la rénovation d’un diplôme de la voie professionnelle à la Réunion».  Son travail s’appuie sur les constats réalisés lors d’un stage à la Direction générale de l'enseignement scolaire (DGESCO) puis sur une analyse minutieuse des «effets» des décisions nationales, relatives à l'adaptation des diplômes professionnels, dans un département ultramarin.

©MEN - Direction générale de l'enseignement scolaire
Bureau des diplômes professionnels
S'abonner à la lettre     Contact