Les MOOC

Les MOOC, définitions et enjeux

Des enjeux multiples

Le système éducatif entre remises en question et nouvelles opportunités

Stephen Downes, écrivain, philosophe, journaliste et spécialiste de l'apprentissage et des médias en ligne, affirme http://halfanhour.blogspot.fr/2013/04/the-great-rebranding.html que «les MOOC n'ont pas été conçus pour répondre aux besoins des écoles ou des universités d'élite, mais pour les affaiblir et les rendre obsolètes». Sans aller aussi loin, d'autres questions récurrentes soulèvent bien des inquiétudes, surtout dans le domaine de la pédagogie. On l'a vu, une des principales questions qui se pose est de savoir si le modèle des MOOC de l'enseignement supérieur est transposable dans le secondaire. Il ne semble pas y avoir de méthode universelle, les méthodes pédagogiques ne pouvant de toute façon pas être les mêmes dans les établissements «difficiles» que dans ceux où c’est plus «facile»… Il faut tenir compte de chaque établissement, de son projet, de ses élèves, des problématiques spécifiques à l’EPLE, de ses stratégies de remédiation, de sa situation géographique etc.

S'il est clair pour beaucoup que le modèle unimodal de l’enseignant seul détenteur et prescripteur de savoirs et de connaissances est obsolète, comment alors repenser les missions de l’École, les rôles des professeurs? Quelles méthodes pédagogiques appliquer : pédagogie par projet, approche réflexive, connectivisme? Utiliser l’intelligence collective pour la résolution de problèmes fait-il sens? Comment contextualiser l’acte d’enseigner dans l’environnement numérique des MOOC, questionne ainsi Yann Bergheaud, expert pour le développement du Certificat Informatique et Internet auprès du Ministère http://blog.educpros.fr/yannbergheaud/? L’enseignement personnalisé est-il le gage d’une meilleure insertion scolaire, professionnelle et sociale? Quel management des contenus éducatifs? Les MOOC sont-ils les manuels scolaires du XXIème siècle? 
Comment être innovant? Comment ouvrir ou inciter à l’horizontalité, à la collaboration, à la mutualisation, au crowdsourcing? Comment faciliter les échanges et les apprentissages entre pairs? Cette évaluation par les pairs est-elle viable dans le second degré ?

Une seule certitude subsiste: dans ce type de dispositif, le besoin d’un accompagnement très fort, soit par un coach-professeur, soit par les pairs, est plus que jamais nécessaire.
D'un point de vue plus général, les MOOC sont-ils compatibles avec le culte du diplôme en France, s'interrogent les enseignants: http://www.franceculture.fr/emission-pixel-mooc-les-profs-face-aux-nouveaux-cours-en-ligne-2013-10-04? Quelle certification, pour quelle valeur? (certificats classiques, avancés, badges  etc.). L'UNIL (Université de Lausanne) a mené une réflexion dans ce sens: http://www3.unil.ch/wpmu/riset-notice/2014/03/25/badges-un-projet-pilote-motivant-pour-permettre-aux-etudiants-de-sengager-davantage-dans-lapprentissage/.
Et si ces enseignements en ligne conduisent à des diplômes, comment éviter tricheries et fraudes à l'identité? Des pistes sont évoquées avec l'utilisation des webcams, des systèmes d'identification du rythme de la frappe au clavier...
L'intégration de nouveaux métiers ou la formation des professeurs à de nouveaux métiers au sein de l'Éducation nationale et de l'enseignement supérieur sont à envisager: community manager, chef de projet, designer de cours, le professeur ne pouvant pas à la fois concevoir les cours, corriger les examens, animer les forums et les sessions en direct.
Autre point à prendre en compte et plusieurs fois évoqué, ce mode d’enseignement est cher à réaliser aussi bien en terme de temps que de coûts: aux salaires des enseignants s’ajoutent ceux des spécialistes de l’audiovisuel, le coût du matériel multimédia, celui de la plateforme elle-même. Faut-il faire appel à des prestataires extérieurs ou s’en affranchir en concevant une plateforme open source? Le principe des MOOC n’étant pas forcément très bien adapté à toutes les disciplines, notamment à l’éducation musicale et au sport, des technologies différentes selon les disciplines seront sans doute nécessaires, ce qui ajoutera au coût. Cyril Bedel, co-fondateur d’Edunao, estime qu'un trimestre de cours équivaut à un mois de préparation pour le professeur pour un coût de production oscillant entre 40 000 et 100 000 euros :
http://projets-ent.com/2013/01/04/edunao-un-mooc-a-leuropeenne-en-cours-de-creation/ , tandis que Rémi Bachelet considère qu'une heure de cours en ligne équivaut à 10 heures de préparation.

Cette liste des questions ouvertes n’est sans doute pas exhaustive. Il reste que ce dispositif représente une réelle opportunité à saisir pour ancrer la notion d’apprentissage ou de formation tout au long de la vie, aussi bien chez les élèves que chez les professeurs ou tout un chacun. Ce que souligne le statut de FUN: "De la formation initiale à la formation continue" et "se former en liberté". Cependant, tout le monde n’est pas apte à s’auto-former et il faudra (faire) acquérir aussi cette capacité. Dans un de ses articles Jean-Marie Gillot pour qui les MOOC sont des «symboles d’ouverture et d’innovation numérique et pédagogique», revient sur le lancement de FUN et insiste sur l'importance de démarrer au plus vite (avancer en marchant) même si tout n’est pas finalisé, et de mettre la pédagogie au cœur du dispositif. Il ouvre sa conclusion sur une série de questions,  notamment sur le développement de l’offre, de sa place en Europe, de son public: http://tipes.wordpress.com/2013/10/02/le-portail-et-la-plateforme-mooc-de-france-universite-numerique/. De son côté, Marcel Lebrun affiche son optimiste: «même si les MOOC ne sont qu’un feu de paille, ils auront eu le mérite de nous inciter à nous pencher sur les modèles de pédagogie inversée, où ce n’est plus le professeur qui dispense son cours aux étudiants, mais les étudiants qui posent des questions aux enseignants». Même optimisme pour Delphine Koller, fondatrice de Coursera :  «Il faut regarder les MOOC non pour ce qu’ils sont aujourd’hui – une technologie en émergence, déjà fascinante et qui marche bien, mais pour ce qu’ils deviendront».

Enfin, pour Jean-François Fiorina, directeur adjoint à Grenoble Ecole management, les MOOC sont le symbole d'un véritable changement dans l'éducation. Convaincu qu'un MOOC doit s'inscrire dans une stratégie d'établissement, il a développé 7 axes stratégiques.