Tablette tactile et enseignement

2. Politique et expérimentations dans l'enseignement scolaire

Initiative du ministère de l'éducation nationale, de la jeunesse et de la vie associative

Entretien avec le directeur général de l'enseignement scolaire

Jean-Michel Blanquer

Le 8 février 2011, le directeur général de l'enseignement scolaire, Jean-Michel Blanquer, précise lors d'un entretien, publié sur éduscol, les objectifs de l'Éducation nationale en ce qui concerne l'usage des tablettes numériques à l'école.

"Les spécialistes du marché des technologies de l’information et de la communication annoncent 2011 comme l’année des tablettes numériques. Pensez-vous que l’Éducation nationale sera à ce rendez-vous ? Est-ce le sens de la réunion d’information que vous organisez sur ce sujet le 9 février ?

J-M Blanquer : on note dans l’Éducation nationale une réelle curiosité pour ces tablettes qui reflète l’engouement des médias pour ce nouveau support. 

En effet, de nombreuses académies et collectivités territoriales se sont déjà engagées dans des expérimentations. Il s’agit la plupart du temps de dotation de tablettes numériques à des élèves afin qu’ils puissent s’en servir en classe voire, dans certains cas, à la maison.  

Ainsi, dans l’expérimentation que vient de lancer l’académie de Grenoble avec l’appui de la direction générale de l’enseignement scolaire, 330 tablettes ont été distribuées dans le courant du mois de janvier, avec des modalités variées : de l’affectation définitive au prêt de courte durée (cinq semaines). Cette expérimentation concerne des écoles, des collèges, des lycées, et une classe de BTS ; elle doit permettre d’évaluer la pertinence des usages de la tablette numérique dans de nombreuses disciplines mais aussi pour des dispositifs divers : accompagnement personnalisé, internats d’excellence, … et des publics spécifiques : élèves en difficulté, élèves dyslexiques, sportifs de haut niveau.

Au-delà de cette expérimentation à Grenoble, il existe une forte demande d’information de la communauté éducative et de ses partenaires sur les expériences en cours d’où cette réunion du 9 février qui doit permettre de faire un tour d’horizon de l’état de l’art sur ce sujet.  

Quels sont selon vous les principaux apports de ces matériels pour l’enseignement ?

J-M Blanquer : leur premier atout est évidemment leurs poids. Vous savez combien nous importe la question du poids du cartable et toute possibilité de le réduire est étudiée avec une grande attention par le ministère. Les autres apports matériels sont l’autonomie énergétique – très importante en milieu scolaire -, la rapidité de mise en œuvre (par rapport à un ordinateur), la connexion aisée à l’Internet, et l’ergonomie particulièrement élaborée des interfaces tactiles.

Mais ce sont les applications, les contenus et les services qui seront proposés pour l’enseignement qui nous intéressent. Les ressources numériques pédagogiques qui seront disponibles sur ces supports en feront le succès dans l’éducation et en premier lieu l’offre en matière de manuels scolaires numériques. Or, pour le moment, celles-ci sont trop peu nombreuses et ne prennent pas assez en compte la spécificité des tablettes et leur potentialité.

C’est pourquoi je suivrai avec la plus grande attention les projets qui seront déposés sur ces domaines dans le cadre des investissements d’avenir pour la numérisation des contenus et l’e-éducation.

Quels sont les obstacles qu’il faudra dépasser pour une diffusion massive de ces matériels dans l’éducation ?  

J-M Blanquer : actuellement, le coût de ces matériels est encore trop important pour des déploiements massifs mais ceux-ci devraient, comme c’est la règle dans le domaine des TIC, diminuer dans les prochains mois. Et, bien sûr, la robustesse des matériels et leur maintenance sont deux points essentiels pour envisager une large diffusion. Autres contraintes, la mise à disposition de contenus adaptés à l’éducation comme je l’ai dit précédemment mais aussi la question de leur mode de distribution : il est impossible de passer par une plate-forme marchande pour télécharger des applications destinées à des usages scolaires.

La connexion à l’internet sur des matériels « personnels » pose aussi des questions : je suis très attentif à la protection de l’anonymat des utilisateurs et à la qualité des sites internet accessibles en milieu scolaire.

Les questions de santé seront aussi étudiées très attentivement qu’il s’agisse de l’exposition aux ondes ou des problèmes oculaires et musculo-squelettiques liés à des usages prolongés et réguliers.

Malgré ces réserves, il me semble que nous sommes à l’aube d’un mouvement semblable à celui qui, au milieu des années 1970, a vu la généralisation, dans le cartable de l’élève, des calculatrices …. mais aujourd’hui on pourrait peut-être parler de « littératrices », si vous me permettez le néologisme."

 éduscol, le 08/02/2011