Lecture sur écran

1. Nouveaux modes de lecture

Papier / Ecran : quelles différences

Roger Chartier

Historien spécialisé sur l’histoire du livre, de l'édition et de la lecture - Professeur au Collège de France

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Interview : Il est sûr que lire la même œuvre dans une édition imprimée ou sur l’écran n’est pas lire le même livre
"Si le lecteur d'un livre imprimé n'est pas obligé d'en lire toutes les pages, la matérialité même de l'objet lui impose la perception immédiate, sensorielle, de l'importance de l'oeuvre qu'il contient. La lecture du fragment, du passage, est ainsi toujours rapportée, volontairement ou non, à la totalité textuelle dont il fait partie. Il n’en est pas ainsi avec les textes électroniques dont les fragments peuvent être extraits sans aucune perception de l’ensemble auquel ils appartiennent..."
p. 75

"Les écrans de nos ordinateurs sont des écrans d’écrits, et rien ne serait plus faux que de les inscrire dans l’opposition obsolète entre des écrans sans écrit et la galaxie Gutenberg. Mais il est vrai que, comme écrans, ils soumettent les textes à des modes d’appropriation qui sont aussi ceux de la succession jamais épuisée d’images éphémères. Le browsing n’est-il pas d’une certaine manière, une forme de zapping ? Mais il n’y a rien d’inexorable. Les techniques n’ont pas de significations, maléfiques ou bénéfiques, en elles-mêmes…"
p. 78

Dossier Demain le livre. Livres hebdo, n° 787, 4 septembre 2009, p. 75-78

dailymotion

Vidéo : Les mutations du livre

Comment Internet bouleverse-t-il la lecture ?  À l’heure du livre numérique, les bibliothèques vont-elles disparaître ? Quelle est la place du livre dans nos sociétés ? Lit-on aujourd’hui comme on lisait hier ?

Daily Motion, 25/09/2008

le monde

L'écrit et l'écran, une révolution en marche
"Le livre électronique ne donne plus à voir par sa forme matérielle sa différence avec les autres productions écrites. La lecture face à l'écran est une lecture discontinue, segmentée, attachée au fragment plus qu'à la totalité. N'est-elle pas, de ce fait, l'héritière directe des pratiques permises et suggérées par le codex ? Celui-ci invite, en effet, à feuilleter les textes, en prenant appui sur leurs index ou bien à "sauts et gambades" comme disait Montaigne, à comparer des passages, comme le voulait la lecture typologique de la Bible, ou à extraire et copier citations et sentences, ainsi que l'exigeait la technique humaniste des lieux communs. [...]
Le "bonheur extravagant" suscité par la bibliothèque universelle pourrait devenir une impuissante amertume s'il devait se traduire par la relégation ou, pire, la destruction des objets imprimés qui ont nourri au fil du temps les pensées et les rêves de ceux et de celles qui les ont lus. La menace n'est pas universelle, et si les incunables n'ont rien à redouter, il n'en va pas de même pour de plus humbles et plus récentes publications, périodiques ou non..."

Le Monde, 12/10/2007