Indexation de ressources

Séminaire SDTICE 2007

Interventions du 26 mars

Un exemple international

Stéphane CROZAT (Université technologique de Compiègne)
Gilbert PAQUETTE (Réseau de recherche LORNET - Montréal)
Suzanne LAPOINTE (Télé Université de l'UQAM - Montréal)

En visioconférence depuis Montréal, assisté à Paris par Stéphane Crozat, de l’UTC (université de technologie de Compiègne), intervient Gilbert Paquette (www.licef.teluq.uquebec.ca/gp), du réseau de recherche Lornet (www.lornet.org), ancien ministre de la science et de la technologie du Québec et fondateur du centre de recherche de la Téluq (www.teluq.uquebec.ca). "Tout a commencé en 2002 avec un premier projet québécois, la banque de ressources pédagogiques BARPETI, puis une jonction avec cinq ou six autres projets au Canada. Le réseau canadien de banques d'objets d'apprentissage Edusource (www.edusource.ca) s'est constitué avec des standards, des outils, des méthodes, des accès, une évaluation, des tests de qualité". Actuellement, Gilbert Paquette dirige le réseau de recherche Lornet, "le plus large du Canada, projet prévu sur 5 ans et qui se termine l’an prochain".

La Téluq a fusionné avec un autre campus pour créer "une grande université bi-modale avec l'Université du Québec à Montréal, Teluq-UQAM (www.teluq.uqam.ca), afin d'échanger les matériels pédagogiques développés pour la classe ou l’enseignement à distance". Ce "transfert d’expertise et de matériel pédagogique" implique 10 universités et établissements d’enseignement supérieur et chacun établit une base. La CREPUQ (Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec) participe à différents projets, notamment de banques d’outils et de composants :  "chaque université a sa plate-forme et est en train de repérer les outils utilisés partout au Québec et ailleurs dans le monde. L’an dernier, une banque de scénarios pédagogiques IDLD a été montée avec un site dédié. Ils travaillent aussi avec des communautés francophones ailleurs qu’au Québec, avec un projet "FrancoCommunautés" virtuelles et le projet de consortium national GLOBE (http://globe.edna.edu.au/globe/go/lang/fr/pid/2)".

Pour Gilbert Paquette, les banques de REA (ressources d’enseignement et d'apprentissage) offrent "un certain nombre d’avantages théoriques par rapport à des recherches faites sur Internet avec un moteur comme Google : elles sont dédiées à l’enseignement et à l’apprentissage, construites pour cela alors que sur Internet on trouve de tout, notamment des informations qui ne sont pas fiables". Les ressources sont aussi  "répertoriées de façon standard" et "ces banques sont axées sur une certaine qualité : la réputation des auteurs est en jeu et la qualité a été évaluée". La question de la propriété intellectuelle est prise en compte avec le "respect des droits tout en promouvant souvent le libre accès. Ces objets doivent en principe pouvoir être adaptés et réutilisés dans d’autres contextes". Gilbert Paquette parle du "grand défi d'intégrer les banques de ressources dans les pratiques pédagogiques. Tant qu’il n’y aura pas de la masse critique, les gens continueront avec Google". Il souligne le "défi culturel qui consiste àintégrer de nouvelles pratiques sur des valeurs de partage et de réutilisation". Il est nécessaire pour cela d’améliorer la recherche, ce qui nécessite une certaine quantité - une masse critique-, un processus qualité clairement identifié, une accessibilité définie selon les règles de la propriété intellectuelle et de nouvelles pratiques de partage.

 "Comment atteindre une masse critique ?", interroge Gilbert Paquette. "Partout dans le monde existent des banques de ressources pédagogiques diffusées par des serveurs, reliées par des réseaux, par Internet. Les diffuseurs ne sont pas forcément pédagogiques, il suffit qu’ils soient connectés à Internet". Le projet GLOBE, par exemple, réunit "des projets anciens comme ARIADNE (www.ariadne-eu.org) mais aussi des nouveaux comme un consortium d’Amérique latine qui est en train de s’y relier. GLOBE compte ainsi cinq partenaires et ça commence à être facile de trouver des ressources en anglais, mais plus difficilement en français". Gilbert Paquette évoque l'outil francophone "Paloma web" (http://helios.licef.teluq.uquebec.ca:8080/PalomaWebCREPUQ), qui "répertorie les banques de GLOBE et permet d’atteindre d’autres banques de projets dans le monde. Cet outil vise une intégration multistandards : LOM, SCORM, Dublin Core, Normetic, IMS-DRI, OAI-PMH, PLQL, etc. en privilégiant l’interopérabilité".

"Ce qui permet de communiquer avec les autres banques d’objets, c’est la suite d’outils en logiciels libres de Paloma : navigation multi-banques et multi-répertoires, gestion simple de comptes multiples (un seul mot de passe), droits d’accès par répertoire, par groupe, par individu, etc., pour avoir un caractère plus ou moins privé aux banques ou aux objets d’apprentissage, entièrement accessible via le web, engins de recherche multiples, API de communication, intégration possible avec différentes plates-formes". Le projet "vise actuellement à court terme, pour le réseau de banques francophones, environ 24 000 objets francophones d’apprentissage". L'idée est aussi "une réintégration des référentiels Edusource (anglophones), une collaboration avec le CMEC (conseil des ministres de l’Education du Canada) et une collaboration avec d’autres pays francophones".

"Quels sont les éléments financiers sur les investissements ? », demande Gilles Bertin, de l'UNR Rhône-Alpes. Pour Gilbert Paquette, il n'est "pas facile de répondre" car la Téluq est une "université entièrement à distance avec un certain nombre de services (édition, informatique et télécoms, etc.)". Il parle de "réorientation des tâches" et se dit "confiant de pouvoir intégrer tous les coûts additionnels en efficacité, sur le temps à mettre pour concevoir un cours. Aujourd’hui, ce processus est beaucoup trop long. L’objet d’apprentissage devient un gage d’efficacité et de réduction des coûts. Par exemple, l’équipe de la bibliothèque virtuelle met le minimum de fardeau sur les professeurs : si la ressource est destinée à l’international, l’équipe travaille au référencement complet. Cela représente quelques centaines de milliers de dollars, mais après un rythme de croisière, ils pensent fonctionner sur le même budget de départ. Le dispositif technique a nécessité des développements importants et maintenant beaucoup d’outils qui ont été développés sont disponibles. L'investissement était de 2 millions de dollars canadiens environ".

Stéphanie Delmotte demande des "précisions sur l’utilisation faite des métadonnées : indexation minimum ou laissée libre ? chacun fait à sa manière ou une indexation minimum ou pointue est imposée selon les cas " ? La Téluq "utilise du LOM, selon le profil d’application Normetic, développé par les universités du Québec, répond Gilbert Paquette. Il est possible de s’interconnecter avec d’autres profils et il existe un traducteur XML à XML pour faire une recherche avec un système Dublin Core".

Gilbert Paquette reprend son exposé sur les "aspects qualité " du projet. « Avant l’inclusion, un effort doit être mis sur l’animation du milieu et des enseignants avec des stratégies pour encourager les pratiques de réutilisation. Quelles ressources intégrer ? Comment soutenir la qualité ? Qu'en est-il de la propriété intellectuelle, etc.? Il faut pouvoir répondre à toutes ces questions. "Les équipes ont établi un certain nombre de critères de qualité. Pour faire un objet accessible seulement à l’enseignant et à ses étudiants, un système permet de gérer les droits d’accès". Les travaux portent sur la qualité du contenu, le respect des buts, l'adaptabilité tant au point de vue technique que pédagogique, la motivation des enseignants, le design visuel, l'utilisabilité-accessibilité, la réutilisabilité (indépendance technologique par exemple), la conformité aux standards.

"Durant l’inclusion", l'indexation renvoie à la « qualité d’ensemble, la qualité des métadonnées, l'encouragement des auteurs, l'expertise multi-acteurs. Il s'agit de favoriser une simplification, de réduire le travail manuel avec l'indexation semi-automatique pour simplifier la démarche des intervenants sur la description, selon les prescriptions du profil Normetic". La démarche de production selon les creative commons est favorisée ».

Après l’inclusion, il faut planifier l’accès et la maintenance  pour prévoir une durée de vie à partir de laquelle la ressource sera réévaluée. « Dans ce but, il faut prévoir une fiche d’évaluation ou de commentaires par les pairs, une évaluation par des usagers, une évaluation plus systématique par un comité d’experts avec rétroaction aux auteurs, une publication des ressources innovatrices et de haute qualité et de leurs auteurs : les meilleures ressources reçoivent des prix, sont médiatisées. Il faut faire de la publicité pour ce qui est innovant, pour le valoriser. Un exemple de mise en œuvre de cette démarche est visible sur le site MERLOT (Multimedia Educational Resource for Learning and Online Teaching, http://www.merlot.org/merlot/index.htm) où apparaissent des conférences, des prix pour les meilleures réalisations. Les productions pédagogiques sont ainsi valorisées au même titre que la production scientifique. Les modes de recherche doivent être bien organisés et diversifiées avec des recherches simples, booléennes, etc. Il faut intégrer également les accès aux référentiels dans les plates-formes et les portails. L’utilisation de classifications et d’ontologies de domaines doit être favorisée, en complément de saisies en texte libre".

La question du « respect de la propriété intellectuelle » implique une « restriction de l’utilisation : obligation de citer l’auteur, pas d’exploitation commerciale, etc., par un système de creative commons par exemple". Le contrôle de l’utilisation de la ressource doit être pris en compte pour protéger la diffusion à usage privé, ce qui est une "raison de prendre les  creative commons, pour son système de libre accès protégé avec trois niveaux (groupes cours, institution ou groupe institutions, international). La diffusion est favorisée à un degré choisi par les détenteurs des droits. Cela facilite beaucoup la promotion auprès des enseignants. Les licences creative commons peuvent être adaptées selon le niveau d’accès voulu à donner".

Pour "intégrer l’approche REA aux pratiques pédagogiques nouvelles", Gilbert Paquette insiste sur la « nécessité de réutilisation et d'assemblage des scénarios, des outils, des documents. Les usages sont différents des premières utilisations du web où tout était axé sur le média". Il distingue « les objets de contenus des activités et scénarios d’apprentissage » et met l’accent sur la communication et les activités plutôt que sur les documents et les médias eux-mêmes. La réflexion pédagogique doit primer sur l’emploi des technologies. On trouve de plus en plus d’objets qui font l’affaire. Cela force à mener une réflexion pédagogique. Réutiliser des modèles de scénarios peut apporter plus que la réutilisation des contenus, car ils contiennent des structures pédagogiques qui se sont parfois révélées efficaces. Il y a une synergie entre les universités en présence, les universités à distance et les universités bimodales. De nouvelles pratiques de l’ingénierie se mettent en place, basées sur des modèles de connaissance étudiés avec soin pour produire des scenarios appropriés.

"Si un objet ne fait pas l’affaire on peut le changer, toutes les formes d’adaptations sont possibles". Gilbert Paquette parle d’un "changement de culture : les obstacles sont les pratiques individualistes de fermeture. Il faut développer le partage des contenus, des outils, des méthodes et des scénarios. Cela nécessite d’intégrer des initiatives pour valoriser les auteurs et la publication de leurs résultats de recherche".

"Un tel dispositif est-il possible dans une université en présentiel ? », demande un participant. « C'est beaucoup plus dur car la tradition d'enseignement, très forte en France, est basée sur la relation entre un enseignant et ses étudiants sans beaucoup de travail en équipe, répond Gilbert Paquette. Les TIC changent les choses".

"Avez-vous un ensemble de modèles de connaissance et quel usage en faîtes-vous dans la pratique pédagogique ?", demande Stéphanie Delmotte. Gilbert Paquette indique avoir "travaillé particulièrement sur ce sujet dès 1992 et propose de se reporter à sa bibliographie. C'est un élément essentiel pour la télé-université : tout enseignement est basé sur les modèles de connaissances et sur les scénarios pédagogiques, qui sont distincts".

Suzanne Lapointe, de la télé-université, l'université à distance de l’UQAM (Université du Québec à Montréal, www.teluq.uqam.ca) et en charge de la gestion de banques de ressources Paloma-Suite, présente le projet REA.UQ, banque fédérée de ressources pédagogiques regroupant 10 universités. Le financement est assuré par le fonds de développement académique du réseau de l’université du Québec, soit 110 560 € sur deux ans. L'objectif principal est de "fournir les outils (par nature technologiques et éditoriaux) nécessaires à l’implantation des banques de ressources pédagogiques, de développer les compétences chez les porteurs du dossier dans chaque établissement". La méthodologie adoptée consiste à "accompagner chaque université dans son processus d’implantation, développer des outils d’accompagnement au fur et à mesure que des problèmes sont rencontrés (propriété intellectuelle, qualité, choix éditoriaux, etc.)".

Le projet vise à "avoir au moins une banque installée dans chaque université. Tout est décentralisé pour que chacune des facultés garde le contrôle, soit par département, soit par spécialisation. Cela suppose une panoplie de banques car chaque groupe veut garder le contrôle sur les objets. Ensuite la fédération s’effectue des banques vers le système Paloma-Suite. Il est à noter que ce système est disponible sur SourceForce sous licence LGPL. Une politique éditoriale est en place pour chaque banque, selon les approches qualité de chacun".

La politique de propriété intellectuelle est conçue pour chaque banque: "si c’est une banque institutionnelle par exemple, il faut que les ressources soient libres de droit". Suzanne Lapointe souligne que le projet « tente de favoriser la création de banques spécialisées et favorise aussi des objets de granularité fine de  plutôt que des cours complets". Concernant le processus qualité, un "guide pour les gestionnaires qui doivent implanter des banques de ressources avec chacune des décisions potentiellement prises" vient d'être publié sur Normetic (www.normetic.org). Suzanne Lapointe évoque aussi les "critères pédagogiques, médiatiques, techniques (soit open source, soit plus larges ) et d’interopérabilité ".

"Au niveau du référencement, est proposée une fiche simplifiée conforme au profil d’application Normetic. Il s'agit d'un processus long, validé auprès de plusieurs enseignants mais qui permet maintenant à chacun de s’y retrouver avec un vocabulaire simple qui leur appartient". Sur les considérations technologiques, Suzanne Lapointe note qu'il est "important d’avoir une gestion décentralisée des banques, de les fédérer et de les lier aux banques internationales. Une spécificité de Paloma-Suite consiste dans l’organisation des ressources par répertoire, ce qui permet d’attacher les droits par répertoire, qui est  plus simple à gérer. L'équipe est en train de développer les connecteurs Desire2learn, ConceptA, WebCT, SPIP, Moodle… La gestion décentralisée est le seul moyen qui a pu être mis en oeuvre pour faire participer au projet".

Suzanne Lapointe souligne "ce qui a été appris : impliquer les bibliothécaires fait baisser les coûts (2,56 euros par fiche) car les coûts peuvent devenir très importants avec  plusieurs milliers de fiches. Il y a deux types d’outils de saisie, l’un pour les enseignants, l’autre pour les bibliothécaires. L’organisation se base sur la liaison entre une banque et un groupe d’usagers particuliers auxquels on donne un accès réservé. Les banques spécialisées sont plus faciles à implanter car il est plus simple de trouver preneur : en éducation, par exemple toutes les commissions scolaires vont utiliser une banque et sont ainsi intéressées avant même l’intégration dans le processus".

Isabelle Le Bescond, de l'université de Lille-1, demande "combien il y a de champs obligatoires dans la fiche simplifiée". Suzanne Lapointe répond que 26 sont obligatoires et 10 sont optionnels, un nombre important "car avant, plusieurs champs très intéressants n’étaient pas validés". La classification Dewey est préconisée pour tous car elle permet une recherche par thèmes mais on peut aussi utiliser un thesaurus local ou un référentiel de compétence particulier si on le désire. Pour encourager les échanges entre les personnels de documentation, les enseignants, les personnels administratifs, elle conseille une "approche top-down avec des intermédiaires présidents et vice-présidents d’universités pour recruter des enseignants, des directeurs de bibliothèques, financés avec les vice-recteurs académiques. Les enseignants ne vont pas référencer 4 à 5 000 objets, les documentalistes le font. Les coûts ne sont pas alors interminables ".