Les communs de l'information, de la connaissance et du numérique

Enseigner les communs

Les réseaux et les recommandations de l'UNESCO

Les réseaux, facteurs d'échanges et de production de contenus

C'est par rapport à la dimension "communautés de personnes" qu'Internet et le web 2 ont sans doute joué un rôle prépondérant dans la facette information et connaissance des communs, tout d'abord par le développement technique de réseaux vecteurs d'échanges, puis dans l'organisation même de ces réseaux. Forums ou réseaux sociaux obéissent à des règles de fonctionnement, à des modalités d'accès souvent établies collectivement par des membres de plus en plus habitués et encouragés à partager, à produire en commun, dans un esprit non marchand. Cependant, tous les réseaux sociaux ne correspondent pas à la définition de communauté telle qu’elle est appliquée aux communs : "un commun c’est une communauté sans audience", explique Olivier Ertzscheid, pour lequel la caractéristique d’un commun est "précisément le fait qu’il dispose d’une communauté sans pour autant chercher une audience". Et d’ajouter : "il existe un "bien commun" de la santé, mais si on lui rajoute une audience, ce bien commun devient d’abord un "marché". Idem pour l’éducation, mais également pour ce que l’on nomme "l’information" comme bien commun"(70).

Dans un article(71) paru conjointement sur les sites Docs pour Docs et SavoirsCom1, Hélène Mulot, professeur documentaliste, identifie 3 types de communautés: les communautés d’enseignants, "qui se sont développées en ligne autour de l’autoformation, du partage, de la mutualisation, de la production de contenus, de besoins spécifiques"; les communautés d’élèves, moins formelles, développées dans le cadre de projets de classe ou de clubs: les communautés d’intérêt, comme celle de Doc@Brest(72) qui "dépassent le cadre du seul milieu enseignant".

Cette importance du dépassement du seul milieu enseignant est d’ailleurs repris (p. 277) par le rapport Ambition numérique: "les productions pédagogiques des enseignants destinées à la classe sont indispensables à l’activité des établissements d’éducation (et à ce titre, ne sont pas couvertes par le droit d’auteur, Article L131-3-1)". Il est suggéré un partage systématisé à l’intérieur d’un établissement (intranet de collège, de lycée…): "plus largement, les enseignants doivent être encouragés au partage et aux pratiques collaboratives au-delà de l’établissement".

Ces 3 dimensions, communauté, production, règles (gouvernance) sont traitées de façon absolument indissociable: il est rare d’évoquer l’une sans que les deux autres en découlent naturellement, quel que soit l’ordre. Signal fort de l’importance des biens communs, ils sont présents dans des publications actuelles majeures concernant le numérique et/ou l’éducation.

L'UNESCO

En faisant dès 2011 de la Création de connaissances une des 3 approches du Référentiel de compétences pour les enseignants(73), l'UNESCO est bien en phase avec la définition et les enjeux des communs: "Dans la troisième approche, Création de connaissances, les élèves, citoyens et acteurs futurs de l’économie, créent les nouveaux savoirs indispensables pour bâtir des sociétés plus harmonieuses, enrichissantes et prospères" (p.7).  Quelques pages plus loin (p.12), pour les auteurs du document: "le projet de Référentiel TIC/enseignants est en accord avec les principes exprimés par la Commission internationale selon lesquels la croissance économique effrénée est contraire à l’équité, au respect de la condition humaine et à la gestion avisée des richesses naturelles du monde". Dardot-Laval font écho à ces dernières lignes: "alors que les ressources naturelles sont des ressources rares, à la fois non exclusives et rivales, les communs de la connaissance sont des biens non rivaux dont l’utilisation par les uns non seulement ne diminue pas celle des autres, mais a plutôt tendance à l’augmenter [...] en favorisant de nouvelles productions".


En 2015, l’UNESCO publie un nouveau rapport dont le sous-titre en dit long sur l’intérêt porté aux biens communs par l’organisme mondial: Repenser l’éducation. Vers un bien commun mondial ? (74). Irina Bokova, sa directrice générale, écrit dans le prologue: "L’éducation doit enseigner comment vivre sur une planète sous pression. Elle doit viser l’alphabétisation culturelle, sur la base du respect et d’une dignité égale pour tous, et contribuer à tisser ensemble les dimensions sociale, économique et environnementale du développement durable. C’est là une vision humaniste de l’éducation considérée comme un bien commun essentiel".
Les auteurs du rapport reconnaissent à l’éducation et au savoir, qui relèvent impérativement d’un processus participatif, une valeur de bien commun mondial, plutôt que de bien public. En conséquence, les diverses parties prenantes ont des rôles à jouer et des responsabilités à assumer.