Manuel numérique

Séminaire SDTICE, octobre 2008 : actes

En ligne

Environnement et expériences en cours

Table ronde animée par Serge POUTS-LAJUS, Education & Territoires

Table ronde

Mickael DAHAN, Bookeen, souligne que le domaine de l’e-book est en plein essor et qu’un nombre important d’acteurs développe ce concept, autant sur l’aspect matériel, le reader, que sur les contenus proposés. Dans les années 2000, l’expérience Cytale promue par Jacques Attali a permis de poser des questionnements.

Il rappelle que fin 2007, Bookeen propose un nouveau livre électronique basé sur la technologie d’encre électronique. Cet objet, par sa maniabilité, son confort de lecture, se rapproche de l’objet livre. Il pense que le marché grand public, principalement les lecteurs acquérant beaucoup d’ouvrages, sera séduit par la facilité de se déplacer avec une quantité considérable de livres. Les caractéristiques attendues par ces clients potentiels sont le confort de lecture, la mobilité, du contenu contemporain et personnel.

Le marché de la documentation électronique et la formation exigent, selon lui, des caractéristiques distinctes telles que le format grand écran afin de répondre aux besoins des documents techniques.

Gilles MILLON, Librairie indépendante l’Usage du Monde, Cronenbourg, avoue que sa profession est traversée par de nombreux questionnements : la vente du livre sur Internet, la dématérialisation des lieux de vente et récemment le livre numérique. Quelle place conserve
le libraire avec le développement du livre numérique ? Il juge que ce support ne menace pas le libraire, car les technologies ne sont pas encore suffisamment avancées pour retranscrire des champs entiers du livre. Les acheteurs de bandes dessinées, d’albums jeunesse, de livres de
beaux arts, de photographies ne sont pas prêts à se détacher du papier : l’attachement à l’objet est encore fort.

Il estime que ce support fiable, malgré les bogues que tout appareil électronique subit, est dédié aux grands lecteurs auxquels il apporte une plus value réelle. Cependant, les lecteurs n’acquérant que les best seller dont une promotion a été faite, continuera à l’acheter en grande
surface. Le prix du reader en lui-même freine son acquisition, même pour ces grands lecteurs.

Mickael DAHAN, Bookeen pense que sur ce type d’offres, l’aspect contenu est fondamental. Le développement est rapide. A l’heure actuelle, les grandes maisons d’édition de littérature générale se lancent dans une politique de numérisation grâce à la démocratisation des supports de lecture.

Jacques ANGELE, projet Sylen Cap Digital, Nemoptic rappelle que Nemoptic est un fabricant de papier électronique apolitique quant aux contenus. L’objectif est le développement et la massification du marché de ces produits.

Il admet que le livre électronique à papier électronique est défini actuellement par ses limitations : la couleur et la vidéo en sont absentes, l’objet n’est pas dédié à la consultation de ressources numériques sur Internet. L’interactivité est restreinte, gardant la compatibilité d’un usage simple du livre. Les dispositifs sont centrés sur la lecture nomade. Ces caractéristiques sont amenées à évoluer, mais afin de comprendre l’objet et ces potentialités, il est nécessaire de définir l’état actuel de son développement.

Il remarque que ce produit a un succès commercial avéré dans le marché de la lecture de loisir, mais le marché du livre électronique est ancré sur la référence au livre papier. Il est relativement aisé de s’appuyer sur l’existant et de proposer une extension à une cible identifiée : la communauté des lecteurs motivés, car le prix du dispositif de lecture et des oeuvres numériques représentent un budget non négligeable pour passer au livre électronique.

La massification du papier électronique se traduit ainsi par un élargissement de l’usage. Il observe des difficultés de l’extension des applications liées à l‘environnement hétérogène :
· Les petits éditeurs, fournisseurs actuels de livres papier, ne possèdent pas les moyens de diffuser et promouvoir leurs contenus sur Internet.
· Les éditeurs de presse refusent de se lier avec des opérateurs de diffusion.
· La quantité considérable de ressources gratuites ne dispose pas d’une visibilité claire pour le marché de la lecture de loisir.
· Potentiellement, on trouve une offre de services importante. Cependant, une compatibilité logicielle entre le fournisseur de service et la plateforme utilisée est nécessaire.

Selon lui, pour dépasser ces difficultés, il est nécessaire d’entreprendre des actions de développement avisées :
· Il convient de s’appuyer sur des environnements cohérents, tels les ENT qui donnent un cadre, encore disparate, de support pour une proposition sur la base du livre numérique.
· Les plateformes d’intermédiation sont un point de relais entre une multitude d’acteurs fragmentés (les éditeurs, les fournisseurs, les auteurs, les communautés de développeurs, etc.). Ces plateformes gèrent le référencement et la protection des contenus, donnant une visibilité aux acteurs.

Actuellement il existe peu d’infrastructures capables de proposer ce type de services.
· Lors du passage au format e-pub, un travail de compatibilité matérielle a été effectué qui n’est pourtant pas encore satisfaisant. Il faut rechercher une harmonisation des standards d’échange. Pour qu’un lecteur soit capable d’accepter et de répondre à des requêtes de services, des connexions s’établissent. Des formats supportés par les divers partenaires sont nécessaires.
· De plus, il faut supporter les modèles économiques mêlant ressources payantes et ressources libres, ainsi que les offres à faible granularité.
· L’usage du livre électronique dans le domaine de la lecture intensive est établi. La recherche s’oriente vers une rupture d’usage afin d’appeler d’autres lecteurs vers cette technologie. Il est nécessaire de diversifier l’offre, par exemple en intégrant des contenus de manga, qui seraient certainement perçus de manière positive par leurs lecteurs.
· Les acteurs de cet écosystème englobant une dizaine de métiers doivent avoir des occasions d’échanger et aborder de manière directe la totalité des obstacles dans le respect de leurs intérêts économiques. Des solutions de compatibilités de protocoles sont nécessaires afin qu’un groupe associatif puisse fournir des contenus lisibles sur la majorité des readers disponibles. Ainsi, le contenu parvient à l’usager.

Pierre-Henri COLIN, 4Dconcept explique que son entreprise fabrique des solutions logicielles pour éditer du contenu à usage multicanal et multisupport. Elle développe des offres sectorielles, notamment pour les acteurs du secteur de l’édition et de la presse dont le premier canal de diffusion est le papier.

Pour la première fois, l’entreprise diffuse du matériel en France qui consiste en un écran A4 qui permet d’afficher des documents et bientôt de la bande dessinée, ainsi qu’un matériel plus léger convenant à des contextes de mobilité. Il indique que ces dispositifs permettent la
lecture mais également l’écriture.

Il lui parait indispensable, au niveau de l’édition, d’étoffer les fonds éditoriaux et de prendre en compte les spécificités de chaque outil. Les conditions de publication des contenus, les contenus en eux-mêmes et leur affichage varient selon les supports de publication. De nouveaux modèles économiques sont à mettre en place : vendre à l’unité, à la page, au chapitre peut être intéressant pour des ouvrages tels les livres de cuisine, mais aussi des formules d’abonnements ou d’agrégation entre plusieurs publications. Sans cette sélection du
contenu, il convient d’élaborer des axes de navigation permettant de retrouver l’information de manière rapide et simple.

Les marchés naturels de l’édition numérique se composent, selon lui, des secteurs de l’éducation, l’édition professionnelle et les entreprises. La protection des contenus reste indispensable. Des formats existants permettent, à son avis, cette protection : le pdf et le Watermark.

Il évoque le PaperSafe, qui permet à partir de tout système d’information, que ce soit le système éditorial ou le système de gestion documentaire, la diffusion immédiate d’un contenu personnalisé. Plusieurs cas d’utilisation lui apparaissent :
· Partage de documents et forum de contribution participatif. Les utilisateurs peuvent ajouter des notes ou des commentaires via leur tablette iLiad, une synchronisation avec le serveur est immédiate. Les documents et les notes sont automatiquement envoyés sur les tablettes iLiad des utilisateurs abonnés aux thématiques associées. Les avantages sent clairement visibles : le désengorgement de la boîte mél et la suppression d'impressions inutiles.
· Partage de notes de réunion : La saisie des notes de réunion se fait directement sur une tablette iLiad. Les notes sont envoyées au serveur par Wifi ou Ethernet. Le compterendu peut ainsi être envoyé à toutes les personnes concernées sur leurs tablettes iLiad par reconnaissance à partir des informations saisies sur le formulaire de notes de réunion en couplage avec l'annuaire LDAP de l'entreprise. Les notes peuvent aussi être envoyées directement en format pdf sur une boîte mél.
· Formation : L’élève récupère sur sa tablette le cours et les exercices spécifiques à sa formation et à son niveau. Il peut consulter des cours et les annoter mais aussi saisir des exercices. Une synchronisation avec le serveur permet de récupérer les différentes informations saisies.

________

Serge POUTS-LAJUS, Education & Territoires, souhaite savoir si des expériences de distributions de lecteurs électroniques ont été réalisées dans les écoles

Pierre-Henri COLIN, 4Dconcept, répond qu’une expérience se déroule à la bibliothèque universitaire d’Angers avec le Cybook et que des écoles d’ingénieurs et les universités les ont contactés pour remplacer les supports de cours et polycopiés sur ce type de reader.

Caroline D’ATABEKIAN, association Weblettres, désire connaître les capacités de stockage du Cybook et les dictionnaires en français qu’il comporte.

Mickael DAHAN, Bookeen, répond que le dispositif est composé de 512Mo, ce qui correspond à près de 400 ouvrages. Les dictionnaires sont sous format Mobipocket, intégrables comme un autre e-book. Le dictionnaire des éditions Larousse est disponible.

Caroline d’ATABEKIAN, association Weblettres, pense adapté de mener une expérimentation au niveau du lycée. Les auteurs étudiés étant des auteurs classiques, les ouvrages sont libres de droit. Cette caractéristique faciliterait la mise en place de l’expérimentation.

Caroline TAMBAREAU, association les Clionautes, pense que les outils de lecture présentés pourraient être très utiles aux élèves handicapés, notamment les élèves souffrant de difficulté visuelle.

Mickael DAHAN, Bookeen, estime nécessaire d’élaborer un logiciel dédié, complètement adapté pour arriver à l’indépendance d’une personne handicapée.