Manuel numérique

Séminaire SDTICE, octobre 2008 : actes

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Technologies

Etat de l'art des technologies et prospective

Lorenzo SOCCAVO, conseil en R&D, indique que son investigation se centre sur le devenir du livre en tant que dispositif de lecture, ses mutations ainsi que sur les impacts et les enjeux de celles-ci pour l’interprofession du livre et son économie.
Il annonce que les technologies e-ink, encre électronique, e-paper, papier électronique soustendront son exposé. Ces deux technologies sont les plus performantes pour des ressources pédagogiques.
L’e-ink est, selon lui, une technologie aujourd’hui mature, en phase d’industrialisation massive et commercialisée pour le grand public. La société Booken ainsi que Sony distribuent depuis quelques jours leurs produits en France. L'encre électronique a été conçue dans les années 1970 par Nick Sheridon au Palo Alto Research Center (PARC XEROX), berceau de la Silicon Valley. Joseph Jacobson du MIT la développe dans les années 1990 et participe à la fondation de la société E-ink Corp.

Il ajoute que la feuille flexible avec les microcapsules d’e-ink est appelée e-paper ou papier électronique. Cette feuille offre les caractéristiques du papier :
· effet mémoire : une fois affiché, le texte reste stable ;
· réflectivité : la lumière ambiante est réfléchie, naturelle ou artificielle ;
· contraste.

Selon lui, aujourd’hui, il s’agit d’un outil en marche pour devenir un véritable média de l’écrit et de son partage. Cependant, de tels dispositifs de lecture ne sont pas encore suffisamment performants pour des manuels scolaires numériques.
Il commente les autres prospectives de l’affichage e-ink / e-paper :
· d’autres types d’affichages électrophorétiques : ces affichages sont basés sur la même technologie que l’e-ink. Cependant, selon le fluide entre les microcapsules, les procédés se nuancent.
· LCD cristaux liquides : cette technique reproduit les mêmes caractéristiques que l’encre électronique, notamment sans rétro-éclairage. De plus, la couleur est disponible d’emblée.
· Electroméchaniques : ce procédé est composé de type de lanières qui se déplacent et laissent apparaître ou non le noir sous-jacent. L’effet désiré est toujours le même : faire apparaître des caractères noir sur blanc de manière stable sans rétro éclairage ni effet de scintillement.
. D'autres technologies non “e-paper” de plus en plus performantes : électromouillage, Oled ((diode électroluminescente organique), i-surface. Les technologies i-surface permettent de faire des surfaces interactives complètement tactiles. Cette technologie nous permet de voir plus loin, notamment des pupitres interactifs
· Livres hybrides et objets communicants. Les livres hybrides restent des livres papier, ils sont utilisés pour les livres jeunesse.

Il juge que ces technologies ne sont pas suffisamment performantes pour accueillir des manuels scolaires. Cependant, elle pense que le développement de ces technologies est rapide,
et qu’il faut l’anticiper dès maintenant.

Il note que les manuels numériques présentés aujourd’hui se basent encore sur la double page. Il estime que la réflexion doit être axée sur la piste de la page unique. Le texte peut se libérer du livre. D’après une étude, les étudiants et lycéens s’habituent graduellement, grâce au Web 2.0, à travailler dans un environnement multifenêtres.

Il existe plusieurs programmes d’intégration des outils numériques comme, par exemple, l’opération OLPC (un PC par enfant), pensé pour des pays du Tiers Monde initialement et présent depuis peu en France via une antenne associative. Un petit ordinateur portable, le XO, qui peut se transformer notamment en lecteur d’e-book. Il est conçu spécialement pour appréhender des applications pédagogiques. L’ergonomie est adaptée aux enfants de 6 à 12 ans. Il est donc parfaitement résistant et hermétique afin d’éviter les risques d’infiltration de sable ou d’eau. Deux technologies sont intéressantes dans ces outils : le travail en réseau (entre des personnes possédant le même appareil et étant connectées à proximité) et le mode écran, bi-mode, rétroéclairé ou réflectif.

Il indique que cette technologie est innovante et que le prix de l’outil est amené à baisser sur une courte période de temps. Cette société s’installe en France, avec pour projet le jumelage entre classes ou écoles en France et une école dans un pays en voie de développement, ou sinon, pour deux XO achetés en France, un est offert à une école d’un pays en voie de développement.

Il stipule que le manuel scolaire numérique demande une réflexion stratégique. Il ne s’agit pas de copier les manuels papiers, mais de discerner comment ce manuel peut être plus intéressant que son homologue papier, comment l’hypertexte peut structurer et donner du sens. Cette révolution va au-delà d’une transformation technologique, il s’agit bien d’une révolution culturelle qui impacte notamment la lecture.

Pour conclure, il aborde deux scénarii possibles pour l’avenir.
· Un écosystème "cloud computing" qui s’avance dans les ENT. Progressivement tous les foyers et tous les établissements scolaires seront équipés informatiquement. Après le cartable électronique, qui est construit sur le modèle de la clé USB, nous passons à un modèle ou le disque dur n’est plus nécessaire. Une connexion, sécurisée par un identifiant et un mot de passe, donne accès à l’ensemble des documents. Il s’agit d’un scénario de la dématérialisation : plus de manuels, plus de cartable, plus de classeurs…
· Le scénario "second life" est basé sur une dématérialisation dure : plus de manuels, plus de cartable, plus d’école. Cette pratique correspond à de l’e-learning qui se développe à l’heure actuelle dans les enseignements de langue ou dans les formations aux professionnels. Nous entrons dans le Web 3D immersif. Sur le secteur anglosaxon, des universitaires et enseignants sont déjà très actifs sur ces plateformes qui se
transforment en véritables laboratoires. Il est inconcevable que les écoles n’entrent pas dans cet univers.

Il répète qu’il devient nécessaire de construire l’ergonomie et le design des dispositifs de lecture selon la tranche d’âge des utilisateurs.

Réactions

Marie-José LEMOY, éditions Nathan demande pourquoi le concept de double page serait caduc.

Lorenzo SOCCAVO répond que passer à une page unique réinscriptible ne correspond pas à une réduction. Il s’agit d’un nouveau mode d’appréhension du document qui doit permettre un enrichissement. Par la tactilité une approche plus active de la lecture se profile. La logique de l’e-paper est similaire à celle du web.

Yves FORIN, société Jouve pense que la notion de page, simple ou double d’ailleurs, est amenée à s’estomper progressivement avec les usages des outils.