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L'usager numérique

Sur le site de culture scientifique Interstices, Louise Merzeau, médiologue et enseignante-chercheur en Sciences de l'information de la communication, analyse la notion "d'usager numérique" en considérant tout d'abord le terme "usage" par le biais de notions voisines (réception, utilisation et appropriation) avant d'envisager la place de plus en plus prégnante et active de cet usager dans le cadre des nouvelles architectures numériques. L'auteure précise en outre que les internautes développent souvent des pratiques différentes de celles prévues initialement dans les modes d'emploi des outils mis à leur disposition, ce qui peut entraîner des phénomènes de crispation chez les concepteurs et les détenteurs des droits.

A l'occasion du 37ème épisode du podcast audio du site web de culture scientifique Interstices.infoLouise Merzeau, médiologue et enseignante-chercheur en Sciences de l'information et de la communication à l'université Paris-Ouest Nanterre La Défense, répond aux questions de Joanna Jongwane et propose sa définition de "l'usager numérique".

Qu'est-ce que l'usage ?

Louise Merzeau choisit en premier lieu de s'attarder sur la question de "l'usage" qu'elle définit en convoquant trois autres notions afférentes : la réception, l'utilisation et l'appropriation. La première de ces notions, réception, renvoie aux théories de la réception qui marquent un recentrage de l'émetteur vers le récepteur. Cette approche a l'inconvénient, selon l'auteure, d'offrir une perception très binaire entre émetteur et récepteur, axée sur le message, qui ne permet pas de définir précisément ce qu'est l'usage mais qui s'inscrit plutôt dans le cadre d'une "pensée de l'audience". La seconde notion souligne la dimension technique. Dans cette perspective, l'usager est perçu de manière plus active comme utilisateur. On s'intéresse donc ici davantage aux interactions Homme-Machine (IHM) et aux connaissances procédurales. Deux niveaux sont à distinguer : le premier niveau est celui de l'équipement qui ne doit pas être considéré, selon Louise Merzeau, comme un critère suffisant si l'on raisonne en termes d'évaluation des usages. Le deuxième niveau s'intéresse aux savoir-faire qui nécessitent un apprentissage spécifique . Enfin, la troisième et dernière notion, celle de l'appropriation, constitue pour l'auteure le degré le plus proche de "la complexité de l'usage". 

Usage et mémoire

Le recours massif aux technologies numériques a engendré une raréfaction progressive des modes d'emploi des outils, signe patent, pour Louise Merzeau, d'une "rétention d'informations" de la part des industriels. Au vu de "l'obsolescence programmée des logiciels et des matériels", un glissement s'opère donc des concepteurs vers les utilisateurs qui doivent avoir recours à des réseaux d'usagers pour assurer la maintenance et l'emploi de machines plus anciennes. Le rapport à l'outil technique n'est donc pas seulement utilitariste; il faut également tenir compte de la "mémoire d'usage". 

Usages numériques pluriels

L'usager adopte une démarche de plus en plus active et participative au sein du web dit social. Louise Merzeau souligne à ce sujet la diversification croissante des usages numériques qui effraient d'une certaine manière les détenteurs des droits de diffusion et de production. La dimension culturelle se trouve ainsi quelque peu oubliée dans ce contexte. L'exemple du livre, choisi par l'enseignante-chercheur, est assez significatif à cet égard : on questionne en effet le prix du livre, voire le choix des tablettes ou des liseuses mais peu de personnes s'interrogent sur les usages comme le simple fait de prêter un livre, de l'emprunter ou d'en parler...

Les travaux de recherche démontrent en outre que les usages sont rarement prévisibles même s'ils peuvent être néanmoins contraints (type de connectique spécifique, faible interopérabilité). Cela dit, Louise Merzeau évoque à cet endroit le concept de "logique d'usage" de Jacques Perriault qui met en lumière les processus d'adaptation, de bifurcation et de détournement de l'objet technique mis en oeuvre par les usagers en fonction de leurs besoins propres. Ces pratiques sont d'ailleurs à l'origine de certains succès technologiques. L'essentiel pour l'auteure n'est pas au final de développer une culture technique mais plutôt d'aider "les usagers à mettre en perspective leurs propres usages avec des usages plus anciens".


Écoutez l'intégralité de l'entretien au format audio MP3 (durée : 14 mn) ou téléchargez le fichier pour une consultation nomade à l'adresse : interstices.info/jcms/i_62241/les-usages-a-l-ere-du-numerique