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Les acteurs de la chaîne du livre à l'ère du numérique

Le Centre d'analyse stratégique a publié en mars 2012, en partenariat avec le Centre national du livre, trois notes d'analyse sur les bouleversements de la chaîne éditoriale par le numérique. Ces trois approches s'intéressent au(x) rôle(s) des différents acteurs dans ce contexte : auteurs et éditeurs, librairies et bibliothèques publiques. Pour saisir les enjeux liés au développement du livre numérique, chaque note est composée d'un état des lieux et d'un certain nombre de propositions qui visent à offrir des réponses concrètes aux interrogations soulevées par les différents acteurs de la chaîne du livre.

Le marché du livre numérique

Le secteur du livre numérique reste embryonnaire en France (à peine 1 % des ventes du marché), alors qu’il représente 18 % des ventes de livres aux États-Unis et 13 % en Grande-Bretagne. Le développement du marché français semble être lié à un ensemble de trois facteurs essentiels (note n°270) : "des liseuses offrant interopérabilité et bon rapport qualité-prix, une offre numérique large et enrichie, un prix des ouvrages suffisamment attractif pour les lecteurs et rémunérateur pour les acteurs de la chaîne du livre". Les propositions mises en avant dans la note s'inscrivent dans cette perspective :

  1. Réunir éditeurs et distributeurs de livres numériques afin de créer une réelle interopérabilité des fichiers entre les différents modèles de tablettes et de liseuses.
  2. Lancer une concertation avec les éditeurs en vue de fixer un taux limite de remise sur l’édition numérique d’un livre par rapport à son édition papier.
  3. Réunir les acteurs de l’édition et de la distribution du livre pour aboutir à un regroupement de la distribution française du livre numérique autour d’une plate-forme unique.

 

Le cas spécifique du manuel scolaire numérique est également abordé. La note précise que les attentes en la matière sont plus importantes en termes de valeur ajoutée que pour le livre numérique en général. Ces attentes semblent ne pas être suffisamment satisfaites pour le moment d'où la proposition de "former un groupe d’enseignants et d’inspecteurs de l’Éducation nationale experts sur le manuel scolaire numérique afin d’orienter les éditeurs vers les dispositifs les plus prometteurs en termes d’apprentissage". Une cinquième préconisation indique qu'il faudrait " prévoir une annexe dans le contrat d’édition détaillant clairement toutes les dispositions relatives à l’exploitation numérique de l’oeuvre cédée [et] dans le cas du livre enrichi, prévoir un contrat séparé" afin de s'inscrire dans le respect de la législation relative au droit d'auteur sans pour autant ignorer les initiatives de l'autoédition et les publications scolaires de manuels sans "copyright" comme Lelivrescolaire et Sésamath.

Les défis des librairies

Face au développement du numérique, les librairies se trouvent confrontées à plusieurs problèmes épineux : devenir du commerce de proximité, baisse de la consommation  des produits culturels touchant notamment le livre, érosion du lectorat. La note n°271 essaie de voir sous un angle positif comment cette mutation technologique peut permettre aux libraires "d'étendre leur champ d’action et de prescription". Quatre propositions sont effectuées en ce sens :

  1. Mettre en place un comité comprenant les collectivités locales, chargé de faire un bilan complet de l’exonération de Contribution économique territoriale pour les librairies labellisées.
  2. soutenir et étendre la politique de stratégie multicanal (c’est-à-dire à la fois en magasin et sur le web) auprès des librairies traditionnelles, pour éviter une fuite de la clientèle vers les géants du web, faute d’offre alternative sur Internet. Renforcer la politique de formation au métier de libraire avec l’appui du CNL.
  3. soutenir la mutualisation des librairies qui souhaitent commercialiser, à des conditions avantageuses, des œuvres du patrimoine numérisé par la BNF, en particulier les ouvrages indisponibles.
  4. engager les Directions régionales d’action culturelle et les Centres régionaux du livre dans un programme de financement régional de centres d’impression à la demande, avec formation de nouveaux métiers à la clé.

 

Cette dernière proposition renvoie vers l'idée d'une impression à la demande qui "supposerait une large alliance avec le monde des bibliothèques et un réseau déconcentré de centres d’impression".

Les bibliothèques publiques et le numérique

L’impact du numérique sur les bibliothèques publiques est plus particulièrement traité dans la troisième note (n°272). Elle analyse la constitution des collections des bibliothèques, leur mission de promotion de la lecture publique, le rapport avec leurs usagers. Le défi posé à toute bibliothèque, rappelle la note, est la profondeur de sa collection, les livres imprimés devant co-exister avec une offre d'ouvrages numériques, ce qui implique l'acquisition de livres et de périodiques en version électronique, choix difficile au vu des modèles économiques en vigueur jugés peu satisfaisants. Quelques propositions sont néanmoins suggérées :

  1. Examiner avec les éditeurs les conditions économiques d’achat de livres numériques par les bibliothèques publiques. Renforcer pour cela la mission de la Bibliothèque publique d’information (Bpi) d’aide aux bibliothèques publiques dans la constitution, le développement et la promotion de leurs collections numériques.
  2. Dans la continuité de la mission actuelle de l’IGAC et sur la base de ses conclusions, créer un groupe de travail piloté par le ministère de la Culture et de la Communication pour établir des propositions opérationnelles sur l’évolution de la bibliothèque publique (public, collection, agencement des locaux). Composé de bibliothécaires, d’experts du livre et de la lecture et d’élus locaux, il formulerait des recommandations pratiques sur le rôle des bibliothèques dans la vie de la cité, dans l’accès à la connaissance et la transmission des savoirs, parmi les médias d’information, de culture et de divertissement. S’appuyer sur le Centre national du livre dans la mise en oeuvre de la politique de numérisation, de diffusion, de valorisation et de promotion de l’écrit numérique, qu’il soit patrimonial, littéraire ou informatif.

 

Ces deux recommandations impliquent selon l'auteur de la note un effort de développement et d'adaptation de la part des éditeurs vis-à-vis des bibliothèques. Ces dernières se doivent d'offrir des ouvrages numériques dans les mêmes conditions de consultation et de prêt que pour l'imprimé. Cela induit des changements au niveau du métier de bibliothécaire et une réflexion sur les espaces mis à disposition des usagers. Enfin, les bibliothèques patrimoniales doivent quant à elles négocier "de manière concertée les conditions de numérisation des livres anciens".


Consulter les trois notes du Centre d'analyse stratégique :

Ressources complémentaires :